Avant même de frapper sa première balle au Masters 1000 de Rome, Jannik Sinner s’est retrouvé au centre d’un sujet qui dépasse largement le tennis joué sur le court lors de sa conférence de presse.
Le n°1 mondial, qui tentera cette semaine de remporter le dernier Masters 1000 manquant à son palmarès afin de devenir le deuxième joueur de l’histoire à réaliser le Golden Masters après Novak Djokovic, a surtout pris position avec force sur la crise grandissante entre les joueurs et les Grands Chelems.
Et pour la première fois, Sinner a clairement ouvert la porte à un possible boycott.
« Nous ne nous sentons pas respectés »
Depuis plusieurs semaines, les tensions montent entre les meilleurs joueurs du monde et les organisateurs des Grands Chelems, particulièrement autour de Roland-Garros.
Un collectif réunissant les principales stars du circuit — dont Sinner, Carlos Alcaraz, Aryna Sabalenka ou encore Iga Swiatek — réclame une redistribution plus importante des revenus générés par les tournois du Grand Chelem.
Les joueurs dénoncent notamment une baisse de leur part des revenus, passée selon eux de 15,5 % en 2024 à 14,9 % projetés en 2026 à Roland-Garros, alors que les revenus du tournoi dépasseraient désormais les 400 millions d’euros.
Face à cette situation, Sinner n’a pas caché sa frustration : « C’est surtout une question de respect. Je pense que nous donnons beaucoup plus que ce que nous recevons en retour. Ce n’est pas seulement pour les meilleurs joueurs, c’est pour tous les joueurs. »
L’Italien a également rappelé qu’une lettre commune signée par les principaux joueurs ATP et WTA avait été envoyée il y a déjà un an : « Ce n’est pas agréable de voir qu’après un an, nous ne sommes même pas proches d’une conclusion sur ce que nous aimerions obtenir. »
« Sans les joueurs, il n’y aurait pas de tournois »
Quelques jours après les déclarations très fortes de Sabalenka, qui affirmait qu’un boycott deviendrait peut-être « la seule manière de se battre pour nos droits », Sinner a lui aussi soutenu publiquement cette possibilité.
« Je comprends les joueurs qui parlent de boycott parce qu’il faut commencer quelque part. Cela fait très longtemps que cette situation dure. C’est tout à fait normal, sans les joueurs, il n’y aurait pas de tournois », a-t-il déclaré.
Une phrase lourde de sens venant du n°1 mondial, rarement habitué aux prises de position publiques aussi directes.
Sinner a également comparé la situation du tennis à celle d’autres sports majeurs : « Dans d’autres sports, si les meilleurs athlètes envoient une lettre importante, je pense sincèrement qu’en 48 heures il y aurait non seulement une réponse, mais aussi une réunion. »
Les joueurs réclament aussi :
- une meilleure prise en compte du bien-être des joueurs,
- davantage de protection sociale,
- une vraie consultation dans les décisions des Grands Chelems,
- et une gouvernance plus ouverte.
Sinner a également insisté sur un point essentiel dans la mobilisation actuelle, l’unité nouvelle entre les joueurs : « C’est la première fois que je sens que les joueurs sont tous dans le même état d’esprit et avec le même point de vue. »
Une évolution importante dans un sport historiquement très individualiste. L’Italien reste néanmoins mesuré et refuse pour l’instant d’annoncer une position définitive sur un éventuel boycott : « C’est difficile de prédire l’avenir. Mais quelque part, il faut commencer. »
Rome avant tout… et un rendez-vous avec l’histoire
Malgré ce contexte explosif, le tennis reprend ses droits cette semaine à Rome. Et pour Sinner, l’enjeu sportif est immense.
Rome représente désormais le dernier Masters 1000 manquant à sa collection. À 24 ans, il pourrait devenir le deuxième joueur de l’histoire à réussir le Golden Masters mais surtout le plus jeune à y parvenir.
Un accomplissement monumental qui illustre encore davantage sa domination actuelle sur le circuit. Après avoir remporté les cinq derniers Masters 1000, Sinner arrive néanmoins à Rome avec une certaine prudence.
L’Italien a expliqué avoir volontairement coupé quelques jours après Madrid : « J’avais besoin de repos. Aujourd’hui, c’était ma première séance ici. »
Car même dans cette dynamique historique, l’objectif principal reste clairement Roland-Garros : « Le titre le plus important reste toujours un Grand Chelem. J’espère arriver à Paris dans une condition physique et mentale optimale. »