Le tableau du Masters 1000 de Montréal (2-13 août) se jouera sans ses trois plus grandes vedettes. Jannik Sinner, Novak Djokovic et Carlos Alcaraz seront tous les trois absents, une hécatombe qui prive le tournoi canadien de son affiche la plus attendue pour la troisième année consécutive. Mais derrière ces trois forfaits, les raisons sont loin d’être identiques.
Carlos Alcaraz : une blessure au poignet
Le cas de l’Espagnol était le plus ancien et le plus sérieux des trois. Sa blessure au poignet droit remonte à avril, contractée lors de l’ATP 500 de Barcelone. Le n°2 mondial avait d’abord tenté de jouer malgré la douleur avant de finalement déclarer forfait, les examens révélant une blessure plus importante que prévu.
S’en est suivi un enchaînement rare dans sa carrière : forfait à Rome et Roland-Garros fin avril, puis l’annonce, le 19 mai, du renoncement à toute la tournée sur gazon, Wimbledon inclus. Une première pour le double tenant du titre londonien, qui n’avait jamais manqué deux tournois du Grand Chelem consécutifs.
Aujourd’hui, les nouvelles sont plus rassurantes. Alcaraz a repris progressivement l’entraînement et prépare son retour à Cincinnati (13-23 août), avec l’US Open comme véritable objectif de cette fin de saison.
ÇA FAISAIT LONGTEMPS 👀
Carlos Alcaraz a repris l’entraînement en extérieur avant son retour prévu sur la tournée américaine. 🔥🇪🇸
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Jannik Sinner : le choix de préserver l’US Open
Le forfait du numéro 1 mondial est différent : il ne s’agit pas d’une blessure, mais d’un choix stratégique. À peine sacré à Wimbledon pour la deuxième fois de sa carrière, Sinner a préféré sacrifier Montréal pour arriver le plus frais possible à l’US Open, qu’il défend en tant que champion en titre.
La décision est d’autant plus marquante que ce forfait met fin à un exploit qui semblait à sa portée : l’Italien avait remporté les cinq premiers Masters 1000 de la saison (Indian Wells, Miami, Monte-Carlo, Madrid, Rome), portant sa série à 34 victoires consécutives dans la catégorie. Réaliser un « carton plein » sur les neuf Masters 1000 de l’année — un exploit qu’aucun joueur n’a jamais réussi — n’est donc plus possible.
Un choix qui rappelle 2025, où Sinner avait déjà fait l’impasse sur le tournoi canadien après son premier sacre à Wimbledon. Son clan avait alors évoqué un calendrier trop serré. Cette année, malgré trois semaines de récupération disponibles au lieu de deux, l’équipe du numéro 1 mondial a finalement tranché pour le repos plutôt que la continuité.
Novak Djokovic : l’âge et la gestion du calendrier
Chez Djokovic, 39 ans, la logique est encore différente. Le Serbe n’a plus disputé Montréal/Toronto depuis 2018 et n’a joué que cinq tournois en 2026, pour un bilan de 14 victoires et 5 défaites. Une saison volontairement allégée qui ne l’a pourtant pas empêché d’atteindre la finale de l’Open d’Australie puis les demi-finales de Wimbledon.
Son choix : faire l’impasse totale sur Montréal pour ne disputer qu’un seul tournoi de préparation, Cincinnati, avant l’US Open, où il visera un 25e titre du Grand Chelem.
Ce que les autres joueurs en pensent
Ces trois absences simultanées n’ont pas manqué de faire réagir sur le circuit.
Interrogé sur le sujet par le média russe Bolshe, Daniil Medvedev a livré une analyse posée, distinguant bien la situation de chacun : « Je trouve que c’est assez normal. Chacun a ses raisons. Alcaraz est blessé au poignet. Il a déjà manqué deux Grands Chelems. Sinner, je peux comprendre son choix : lorsqu’on enchaîne les titres et que l’on va loin dans tous les tournois, on a très peu de temps pour récupérer. Son principal objectif est l’US Open, il a donc choisi de s’y préparer de la meilleure manière possible. »
Le Russe s’est également attardé sur le cas Djokovic : « Il a 39 ans. L’âge commence naturellement à peser et il doit choisir les tournois où il pense pouvoir être performant. J’ai vu qu’il comptait jouer Cincinnati. C’est déjà une bonne nouvelle. Je pensais même qu’il irait directement à l’US Open. Chacun a son histoire. Le tournoi reste très relevé et j’espère simplement que le meilleur l’emportera. »
Felix Auger-Aliassime, en revanche, a livré une réaction beaucoup plus personnelle. Le Canadien, qui dispute ce tournoi depuis l’enfance, n’a pas caché sa déception dans des propos rapportés par Eurosport : « D’accord, l’absence de certains peut ouvrir plus d’opportunités mais j’aurais vraiment préféré que tous les meilleurs soient là. Ce tournoi a une place à part à mes yeux, je viens ici depuis que je suis petit. Donc voir autant de forfaits, même si chacun a ses raisons, ça me fait de la peine… »
Il a insisté sur ce que représente la présence des champions pour les plus jeunes : « Je sais à quel point c’est important, pour des enfants, de voir en vrai des grands champions. A la télé, ils paraissent très lointains, il y a quelque chose qui relève de la fonction. Quand on les voit en vrai, ça les humanise, ça crée une certaine proximité. Et ça montre que, quelque part, c’est possible. J’ai été cet enfant-là. »
Le Canadien a aussi pointé un problème plus large, au cœur des discussions actuelles avec l’ATP : « Aujourd’hui, il est devenu tout simplement impossible de jouer à fond les quatre Grands Chelems et les neuf Masters 1000. Pas mal d’idées sont en train d’être mises sur la table pour trouver un équilibre entre la nécessaire protection des joueurs mais aussi celle des tournois. Une des propositions serait de ne plus avoir le droit de manquer deux années d’affilée le même tournoi. »
« La fréquence de ces forfaits soulève des questions »
La directrice du tournoi, Valérie Tétreault, a livré une réaction mesurée mais ferme : « Nous sommes bien sûr très déçus que Jannik et Novak ne se joignent pas à nous à Montréal cette année, d’autant plus qu’ils s’étaient également retirés du tournoi de Toronto l’année dernière. Nous respectons leurs décisions et comprenons qu’avec un calendrier aussi chargé, la santé des joueurs doit rester la priorité. »
« Cela dit, nous pensons que la fréquence de ces forfaits de dernière minute ces dernières années soulève une question plus large pour notre sport. Les tournois Masters 1 000 comptent parmi les plus importants du circuit et les fans s’attendent, à juste titre, à voir s’affronter les meilleurs joueurs du monde », a-t-elle déclaré.
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