Avec quatre saisons sans avoir quitté le TOP 10, Jessica Pegula est incontestablement un pilier du tennis féminin actuel. Membre du conseil des joueuses de la WTA, la native de Buffalo a toujours été personnellement concernée par les évolutions du circuit, défendant une meilleure écoute des athlètes et un équilibre plus juste entre performance, santé et gouvernance.
« L’impression d’être de simples actifs exploités pour générer des revenus »
Pour la joueuse américaine, la situation est devenue intenable : « En tennis, nous atteignons nos limites, le coût physique, mental et émotionnel devient trop lourd », explique-t-elle.
« Depuis la fin du confinement, la demande de compétitions n’a cessé d’augmenter, alimentée par les fans, les diffuseurs et les sponsors. Jusqu’ici, tout allait bien. Mais ces exigences doivent être équilibrées avec le bien-être des principaux acteurs : les athlètes. Parfois, on a l’impression d’être de simples actifs exploités pour générer des revenus. Mais nous sommes des êtres humains, et il doit y avoir des limites ».
« Adapter le calendrier est essentiel »
Pegula s’appuie sur les alertes lancées par plusieurs joueurs : Jack Draper, qui confiait récemment que les tennismen « poussaient leur corps au-delà de ce qu’il devrait supporter », ou encore Taylor Fritz, évoquant « une exigence physique hebdomadaire devenue insoutenable ».
Pour elle, la solution passe d’abord par un dialogue réel : « Adapter le calendrier est essentiel. Les discussions autour de la création d’un “Premium Tour” existent, mais nous ne sommes toujours pas proches d’un accord. Il est temps d’accélérer ces négociations. »
Pegula déplore aussi le manque de concertation dans les grandes décisions : « Le début des tournois du Grand Chelem le dimanche, la modification du format du double mixte, le super tie-break dans le dernier set… toutes ces décisions ont été prises sans que les joueuses soient consultées. Ce n’est pas normal. »
L’Américaine insiste pourtant sur son respect pour les tournois majeurs : « Les joueurs adorent les Grands Chelems. Ils sont le sommet de notre sport. Mais ils ne peuvent exister sans nous. Nous reconnaissons leur rôle et leur succès, mais nous devons être dans la pièce quand les décisions sont prises. »
Au-delà du calendrier, Pegula aborde la question cruciale du soutien financier et social : « Les Grands Chelems représentent environ 80 % des revenus du tennis, mais ils ne contribuent pas aux retraites, à la santé ou à la maternité des joueuses. L’ATP et la WTA apportent 80 millions de dollars à ces programmes, mais les tournois majeurs n’y participent pas. Ce n’est pas une demande excessive que de leur demander de faire leur part. »
« Personne ne devient pro et entre directement dans le TOP 10 »
Elle cite également Coco Gauff : « Les Grands Chelems génèrent le plus de revenus, mais la part reversée en prize money reste inférieure à celle du WTA ou de l’ATP. Cela doit changer pour tout l’écosystème du tennis. » Pegula appuie : « Nous ne nous battons pas seulement pour les dix meilleures joueuses, mais pour toutes. Personne ne devient pro et entre directement dans le TOP 10. »
La joueuse de 31 ans conclut : « Nous respectons les Grands Chelems et voulons collaborer avec eux. Mais il est temps d’agir. Alors que la saison s’achève et que les joueurs aspirent à un repos bien mérité, nous appelons les instances à utiliser l’intersaison pour résoudre ces problèmes. Nous voulons du changement. »