Pendant près d’une heure, le président de l’ATP Andrea Gaudenzi a assumé ses choix, notamment un point central qui redessine l’écosystème du tennis : la réduction progressive des tournois ATP 250.
« Dans les dernières années, notre stratégie a été de réduire le nombre de 250. Nous avions un peu trop de tournois dans cette catégorie. C’était devenu très difficile à organiser dans un calendrier déjà surchargé », a-t-il expliqué.
Le constat est simple : l’ATP est passée de 38 à environ 29 tournois dans cette catégorie et ne compte pas s’arrêter là. La réforme, qui va s’étendre jusqu’en 2028, s’accompagne de suppressions concrètes comme celles des semaines de Metz ou d’Athènes.
Gaudenzi en assume pleinement la logique : « L’année n’a que 52 semaines. Les joueurs ont besoin d’une vraie off-season. Aujourd’hui, elle est trop courte. Pour rééquilibrer le système, il fallait réduire les 250. »
L’expansion des Masters 1000 comme pierre angulaire
La réduction des 250 n’est pas isolée : elle s’inscrit dans un mouvement parallèle, celui de l’expansion des Masters 1000 à douze jours, sur le modèle d’Indian Wells et Miami. Une évolution critiquée, notamment par plusieurs joueurs du top 20 et par certains directeurs de tournoi.
Gaudenzi, lui, assume une vision à long terme : « Indian Wells et Miami sont sur ce modèle depuis 35 ans. Et les résultats sont clairs : c’est le modèle qui fonctionne. »
Le mécanisme de partage des profits entre joueurs et tournois aurait explosé, passant de 6 à près de 20 millions de dollars redistribués : « Les comptes sont ouverts. Les joueurs sont désormais partenaires en capital. Le modèle fonctionne, il faut lui laisser le temps. »
Une mise au point sur les comportements : “Les joueurs choisissent où jouer”
Dans l’un des moments les plus directs de la conférence, Gaudenzi a pointé un facteur rarement évoqué publiquement : le rôle des joueurs eux-mêmes dans la surcharge du calendrier : « Les joueurs sont des indépendants. Ils peuvent choisir où jouer. Certains vont dans de plus petites catégories parce qu’il y a plus d’argent ou des garanties. On ne peut pas complètement contrôler ça. »
Cette transparence met en lumière une réalité souvent tue : certains tournois 250 survivaient grâce au recours à des garanties offertes à des joueurs de haut niveau, au détriment de la logique sportive.
Certaines stars n’hésitaient pas à accepter des chèques dépassant le million d’euros pour participer à des tournois de moindre catégorie. Pour Gaudenzi, la pyramide idéale est simple :
- les meilleurs doivent jouer Grands Chelems, Masters, quelques 500
- les joueurs intermédiaires doivent alterner entre 500 et 250
- les joueurs en développement ont vocation à évoluer sur 250 et Challengers
Une hiérarchie qui ne plaît pas à tout le monde.
Le nœud du système : trop d’acteurs, pas assez de coordination
Interrogé spécifiquement sur les tournois condamnés à disparaître, Gaudenzi ne s’est pas dérobé : « Nous n’avions simplement plus la place dans le calendrier. Certaines semaines doivent disparaître pour créer de la cohérence avec l’arrivée du Masters d’Arabie Saoudite en 2028. »
Pour conclure, Gaudenzi a livré une réflexion sur le manque de coordination entre les instances dirigeantes du tennis : « Le problème, c’est qu’il y a sept gouvernances différentes : les quatre Grands Chelems, l’ATP, la WTA, l’ITF. Nous écrivons le même livre, mais chaque chapitre est écrit par un auteur différent. Ce n’est pas optimal. »
Son projet One Vision reste son objectif ultime : réunir toutes les forces du tennis dans une seule pièce : « Si tout le monde était dans la même salle, joueurs, Grands Chelems, ATP, WTA… nous ferions un bien meilleur travail. »