Grégoire Barrère, la deuxième vie sans regret d’un ancien top 50

À 32 ans, Grégoire Barrère emprunte un nouveau chemin dans son parcours tennistique. À la All In Academy, là où tout a pris fin, tout recommence… en tant que coach.
Grégoire Barrère se dit "légitime" et "prêt" pour le nouveau défi qui l'attend - (image d'illustration - Sipa/Jean-Francois BADIAS) Grégoire Barrère se dit "légitime" et "prêt" pour le nouveau défi qui l'attend - (image d'illustration - Sipa/Jean-Francois BADIAS)
Grégoire Barrère se dit "légitime" et "prêt" pour le nouveau défi qui l'attend - (image d'illustration - Sipa/Jean-Francois BADIAS)

« Je suis passé à autre chose et honnêtement, pour le moment, rien ne me manque de ma vie de joueur », glisse Grégoire Barrère, le sourire aux lèvres, au moment d’évoquer sa retraite sportive et l’ouverture d’un nouveau chapitre. Une sérénité à son image : celle d’un joueur de tennis impassible, qui a mis un terme à sa carrière en novembre dernier à 31 ans, et dont les perspectives futures le remplissent d’enthousiasme.

Challenger de Lyon Décines-Charpieu, le 9 novembre 2025, aux alentours de 15h00. C’est ici, sur le court central de la All In Academy, que tout s’arrête (et que tout recommencera) pour Grégoire Barrère. Ce jour-là, face à Geoffrey Blancaneaux, le Francilien s’incline assez sèchement (6-4, 6-1) et met officiellement un terme à près de 14 ans de carrière. Une carrière faite de soubresauts et de « yoyo » comme il aime répéter, entre le top 100 et certaines abysses du classement ATP.

Les méandres d’une carrière

Des tournois Futures (désormais ITF) « où c’est la guerre et où l’on joue avec les balles du chien », aux Challengers « où les conditions se sont améliorées sur les dernières années », jusqu’au circuit principal et ses tournois du Grand Chelem, l’enfant de Saint-Maur-des-Fossés a tout connu. Si bien qu’il en parle aujourd’hui avec une grande humilité mais avec, surtout, le sentiment du travail accompli : « Je n’ai pas été un joueur hors du commun qui a gagné des grands titres… mais Je suis fier d’avoir atteint un bon niveau, en intégrant le top 50 (49e à son meilleur niveau), et d’avoir gagné des matchs dans tous les Grands Chelems, même si j’aurais aimé en gagner plusieurs pour dépasser le deuxième tour », ajoute-t-il avec entrain.

S’il n’y a malheureusement pas eu de troisième tour en Grand Chelem, il y a eu quelques victoires de prestige et l’une d’elles résonne tout particulièrement dans l’esprit de Grégoire Barrère : « Je retiens ma victoire contre Cameron Norrie à l’US Open (en 2019), en gagnant 7-6 au cinquième set (7-6, 6-4, 4-6, 6-7, 7-6), puisque cette victoire m’a fait entrer dans le top 100. Je n’étais pas réputé pour avoir un physique monstrueux, surtout dans les matchs à rallonge, donc gagner ce genre de matchs avait une saveur particulière », se souvient-il avec émotion. Au moment d’évoquer sa victoire sur Andy Murray au Challenger de Bordeaux en 2024, l’humilité refait surface : « C’était sur la fin et il ne marchait plus très bien. »

Le tournant All In Academy

Mais avant de s’essayer à de tels champions, Grégoire Barrère a connu des moments de creux, où s’est immiscé le doute. En 2017, le jeune homme qu’il était à l’époque, chute au 624e rang mondial, un classement loin d’être suffisant pour s’en sortir financièrement, et une main lui est tendue. « La All In Academy a été là pour moi quand j’en avais le plus besoin. On s’est créé une petite famille où il y avait de la confiance et une bonne ambiance. Et puis, tout le monde se tirait vers le haut, c’était très sain. C’est un peu devenu ma deuxième famille », explique-t-il.

Alors des années durant, le Français s’entraîne dans l’académie fondée en 2015 par Thierry Ascione, et remonte pas à pas la pente au classement. S’ensuivront certains coups d’éclat, grâce, entre autres, à un service de feu et à une capacité à générer de la puissance assez remarquable, mais aussi un manque de régularité au plus haut niveau que le principal intéressé reconnaît. Avec six titres en Challenger dans la besace, la fin de Grégoire Barrère en tant que joueur est délicate.

L'équipe de la All In Academy, avec Grégoire Barrère (All In Academy)
L’équipe de la All In Academy, avec Grégoire Barrère (All In Academy)

Le Saint-Maurien accumule, entre autres, les pépins physiques et décide qu’il arrêtera au Challenger de Lyon, en novembre 2025. « C’était une décision mûrement réfléchie, explique-t-il. J’avais un problème au tendon d’Achille qui était compliqué à régler, donc je m’entraînais moins bien, je suis descendu au classement, et je ne jouais plus les tournois que j’avais envie de disputer. » Un engrenage bien vicieux auquel il a coupé court après l’arrivée d’un heureux événement : « Et puis, je suis devenu papa, donc je n’avais plus forcément envie d’être à l’autre bout du monde 35 à 40 semaines dans l’année. »

Le début de sa nouvelle vie… de coach

Et c’est donc toujours là, à Lyon, au domicile de sa « deuxième famille », que tout recommence pour Grégoire Barrère. Sous la houlette de Thierry Ascione et Jo-Wilfried Tsonga, l’homme de 32 ans a démarré une nouvelle étape dans son parcours tennistique, scindée en deux parties : la première concernera la gestion et l’organisation d’événements sportifs avec différents Challengers qu’organise le groupe mais aussi l’ATP 250 de Lyon (en remplacement de celui de Marseille)…

« J’ai toujours été intéressé par l’organisation des tournois. Je vais suivre un peu Thierry (Ascione), qui sera mon mentor, pour découvrir ce qui me plaît. Souvent, quand tu es joueur, tu râles de tout, et quand tu es de l’autre côté de la barrière, tu te rends compte que tout ce que le joueur voudrait n’est pas aussi simple à mettre en place », lance-t-il.

La seconde concernera le coaching, et cela n’a pas traîné. Depuis une semaine, Grégoire Barrère a pris sous son aile un premier joueur de la All In Academy, Titouan Droguet (24 ans, 124e) : « Je vais faire toute la saison de terre battue avec Titouan. Si je peux faire 10 ans avec lui, ça me va : j’ai envie d’avoir une vision à long terme. Tout le monde sait à l’académie que s’il y a besoin de moi pour un joueur, ils peuvent m’appeler, il n’y a pas de problème. Mais je démarre avec Titouan Droguet parce que je le connais bien et que j’ai un bon affect », confesse-t-il.

Le coaching, « une envie de transmettre » selon lui et évidemment le tennis, un milieu qu’il « adore », mais comment éviter de refaire les 35 à 40 semaines par an sur les tournois qui lui étaient si pénibles en fin de carrière ? Une question d’organisation, on y revient. « On fera environ 20 tournois ensemble. On verra pour peut-être prendre un deuxième coach sur la saison et sinon il y aura le préparateur physique qui sera présent. Après il fera peut-être deux ou trois tournois seul et on atteindra les 28, 29 tournois qu’il est nécessaire de faire aujourd’hui pour vraiment bien jouer », ajoute-t-il.

Du répit, et des ambitions

S’il n’est pas encore dans le véritable tumulte du coaching, Grégoire Barrère savoure l’interstice qui le sépare de son ancienne vie de joueur et de sa nouvelle vie d’entraîneur : « C’est plutôt cool de ne plus avoir besoin de faire tous ces efforts : se lever le matin, aller s’entraîner, faire ses valises toutes les semaines… Parfois, je ne fais rien, je vais juste faire un padel avec mes potes », admet joyeusement celui qui passe actuellement son DESJEPS (le diplôme qui forme des entraîneurs capables d’encadrer des joueurs de haut niveau et de diriger des structures sportives).

L’expérience en tant que joueur n’est pas gage de réussite, certes, mais cela peut jouer un rôle, selon lui : « Mon parcours m’aide, car j’ai connu plein de choses au cours de ma carrière. Le fait d’avoir été joueur aide forcément en tant qu’entraîneur, et puis, en tant que joueur, on aime avoir un coach qui comprenne les sensations que l’on a sur le terrain. Mais aujourd’hui, la plupart des très grands coachs n’ont pas été de grands joueurs, donc finalement, il n’y a pas de règle », tempère-t-il.

Alors à l’aube de sa deuxième vie, Gregoire Barrère, celui qui, sur le court, a toujours été un exemple de sérénité et de contrôle donne l’impression de l’être davantage aujourd’hui. Si cela se trouve, et si le vent tourne pour de bon, il deviendra un « entraîneur hors du commun qui aura gagné des grands titres ». 

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