Arthur Fils disputera la plus grande finale de sa carrière au Masters 1000 de Cincinnati. Après sa victoire contre Flavio Cobolli en demi-finales, le Français de 22 ans a expliqué en conférence de presse pourquoi il assume désormais ouvertement ses ambitions, tout en revenant sur les mois difficiles vécus après sa blessure.
Et malgré l’importance de ce qu’il vient d’accomplir, Fils n’a aucune intention de s’arrêter là.
Il avait annoncé la couleur depuis le début de la saison : il voulait aller loin dans les plus grands tournois et se retrouver régulièrement sur les plus grandes scènes du circuit. À Cincinnati, le Français est précisément en train de transformer cette ambition en réalité.
Le Français a dominé Flavio Cobolli pour atteindre sa toute première finale dans cette catégorie Masters 1000. Une performance qu’il savoure, sans pour autant considérer le travail terminé.
« Je veux encore continuer »
Interrogé sur le chemin parcouru et sur cette volonté affichée de jouer les grands matchs dans les grands stades, Arthur Fils a immédiatement rappelé que cet objectif ne datait pas de cette semaine.
« C’est une grande victoire, bien sûr, et un grand tournoi. Depuis le début de la saison, mon objectif était d’essayer d’aller loin dans ces grands tournois et, comme tu le dis, d’essayer de jouer dans les plus grands stades », a-t-il déclaré.
À Cincinnati, le Français a exactement ce qu’il était venu chercher : « C’est ce qu’on est en train de faire ici. Je suis donc très content de ma performance aujourd’hui et de toute ma semaine, mais je veux encore continuer. »
Le Français a également été interrogé sur un aspect de sa personnalité qui le distingue parfois de certains joueurs : sa volonté d’afficher ouvertement ses objectifs.
Fils ne cherche pas à cacher qu’il se présente dans les grands tournois avec l’ambition de les gagner : « J’ai besoin d’être honnête avec moi-même. Comme beaucoup de grands athlètes le disent, quand tu as suffisamment de courage pour le dire, les choses sont peut-être plus faciles à réaliser. »
Cette confiance n’est pas, selon lui, une manière de se considérer supérieur aux autres : « C’est ce que j’essaie de faire. Avoir confiance en moi, bien sûr. Ce n’est pas comme si je disais quelque chose de complètement fou. »
Sa philosophie est finalement très simple : « Je viens ici, je sais que je suis préparé. J’essaie de faire de mon mieux, j’essaie de gagner. Si je n’y arrive pas, ce n’est pas grave, on passe à la semaine suivante. Si j’y arrive, c’est bien. »
Une façon d’aborder les grandes échéances qui semble particulièrement bien lui réussir cette saison.
« Je suis un peu moins fou »
Mais le Fils qui atteint la finale à Cincinnati n’est plus exactement celui qui avait atteint les demi-finales à Miami quelques mois auparavant.
Le Français reconnaît lui-même avoir changé dans sa manière de gérer ses émotions : « Je suis un peu moins fou. »
À Miami, chaque point ou presque pouvait provoquer une énorme explosion d’énergie : « Miami, c’était sympa. J’étais en demi-finales, mais j’ai perdu tellement d’énergie pendant ce tournoi. Je criais « Come on », « Vamos » après chaque point. Ici, c’est complètement différent. »
Cette évolution vient aussi de l’expérience accumulée. Plus Fils enchaîne les gros parcours, moins ces situations lui paraissent exceptionnelles : « Quand tu commences à le faire plusieurs fois, à faire ces gros parcours dans les tournois, tu commences à t’y habituer un peu et tu n’as plus besoin de devenir fou pour te motiver. »
D’autant que l’énergie est déjà présente : « Je pense que je suis déjà suffisamment motivé. Et surtout avec mon équipe, ils sont eux aussi très motivés, donc je n’ai plus besoin de devenir aussi fou. »
Une évolution intéressante pour un joueur dont l’intensité et les émotions ont toujours fait partie de l’identité sur le court.
Une blessure qui avait stoppé son élan
Cette finale prend également une dimension particulière au regard des derniers mois traversés par Arthur Fils.
Son excellente dynamique du printemps avait été brutalement interrompue par ses problèmes physiques. Le Français reconnaît avoir particulièrement mal vécu le fait de ne pas pouvoir jouer Roland-Garros : « Bien sûr, c’était difficile de ne pas jouer en France, à Paris. Et jouer seulement deux tours à Wimbledon, ce n’était pas facile. »
La frustration était d’autant plus grande qu’il avait le sentiment d’être lancé vers un très grand printemps : « Je pensais que j’allais faire un bien meilleur printemps parce qu’avec la dynamique que j’avais depuis Miami, je me sentais très bien. »
Fils a toutefois choisi de ne pas rester bloqué sur cette période : « Il faut simplement l’accepter. Certaines choses arrivent pour une raison. Ce n’est pas grave. »
Le plus important était alors de retrouver son corps et de pouvoir réellement repartir : « Je savais que j’allais être prêt à jouer ici, à jouer cet été, toute la tournée américaine. Je n’ai pas bien commencé à Washington, mais ce n’est pas grave. Ce n’est pas important. Tu avances simplement semaine après semaine. »
Quelques semaines après son retour, le voilà désormais à une victoire du plus grand titre de sa carrière.
Un public américain contre lui en finale ? « J’aime ça »
Arthur Fils sait également à quoi s’attendre pour sa finale : quel que soit son adversaire américain, il ne sera probablement pas le favori du public.
Et cela ne semble absolument pas le déranger : « Dans tous les cas, ce sera une belle finale à jouer contre un Américain. Le public sera contre moi, mais je pense que je vais apprécier. »
Mieux encore, Fils estime que cette atmosphère peut devenir une source d’énergie supplémentaire : « Je pense que c’est une motivation supplémentaire quand le public est contre toi. Certaines personnes aiment ça, d’autres non. Moi, je pense que j’aime ça. C’est plutôt cool. »
Il tient néanmoins à souligner le respect du public américain, qu’il distingue d’atmosphères beaucoup plus hostiles qu’il a déjà pu rencontrer.
Une première finale de Masters 1000, mais pas une finalité
Arthur Fils aurait évidemment pu longuement célébrer cette qualification historique. Mais sa conférence de presse raconte presque l’inverse.
Le Français semble désormais considérer ces grands rendez-vous comme des endroits où il doit être, plutôt que comme des événements exceptionnels.
Il assume vouloir gagner, estime avoir suffisamment progressé pour ne plus dépenser inutilement son énergie et semble avoir transformé les mois difficiles vécus pendant sa blessure en motivation supplémentaire.
Pour l’instant, il s’autorise donc seulement « un petit peu de joie ».
« Je profite, mais j’ai la finale demain », a-t-il déclaré.