Arthur Fils a changé sa gestion de son corps : « Nous avons décidé de ne prendre aucun risque »

Lapo Becherini, préparateur physique d’Arthur Fils, raconte comment le Français a changé sa gestion de son corps et explique notamment les détails de son forfait à Roland-Garros.
Arthur Fils lors de son premier tour à l'US Open 2026 (Rhea Nall/USTA via Getty Images) Arthur Fils lors de son premier tour à l'US Open 2026 (Rhea Nall/USTA via Getty Images)
Arthur Fils lors de son premier tour à l'US Open 2026 (Rhea Nall/USTA via Getty Images)

À seulement 22 ans, Arthur Fils a déjà connu plusieurs périodes difficiles physiquement. Mais après une saison 2025 fortement perturbée par les blessures, le Français a retrouvé les sommets en 2026.

Finaliste à Doha, quart-de-finaliste à Indian Wells, demi-finaliste à Miami, vainqueur à Barcelone puis surtout sacré pour la première fois en Masters 1000 à Cincinnati, Fils a retrouvé une régularité qui n’était pas évidente quelques mois auparavant.

Dans une longue interview accordée à Ubitennis, son préparateur physique Lapo Becherini a expliqué ce qui avait changé.

« Arthur écoute davantage son corps »

Le principal changement observé par Becherini ne concerne pas directement le tennis d’Arthur Fils, mais sa manière d’appréhender son physique.

Après avoir été confronté à une longue blessure, le Français serait désormais beaucoup plus attentif aux signaux envoyés par son corps.

« Arthur, après la longue blessure qu’il a connue, a développé une plus grande capacité à écouter son propre corps par rapport au passé. »

Une évolution particulièrement importante pour son équipe, qui peut désormais adapter son travail en fonction des sensations communiquées par le joueur.

« Cette plus grande conscience nous permet de recevoir des retours que nous évaluons toujours avec le staff médical. »

Cette nouvelle approche permet notamment de comprendre une décision particulièrement difficile prise cette saison : son forfait à Roland-Garros.

Pourquoi Fils a sacrifié Roland-Garros

À l’approche du Grand Chelem parisien, Fils évoluait pourtant à un excellent niveau.

Le Français venait de remporter l’ATP 500 de Barcelone et d’atteindre les demi-finales à Madrid. Mais plusieurs petites gênes avaient perturbé sa préparation.

« Pendant les semaines précédant Roland-Garros, en raison de quelques petites gênes dont il s’est plaint, nous n’avons pas réussi à effectuer les volumes d’entraînement que nous estimons nécessaires pour être compétitifs dans un Grand Chelem disputé sur une surface comme la terre battue, qui exige des qualités physiques exceptionnelles. »

Son équipe a donc préféré regarder au-delà de Roland-Garros plutôt que de prendre le risque d’aggraver la situation.

« Malgré le très bon niveau de tennis qu’Arthur exprimait et alors qu’il venait de gagner Barcelone et d’atteindre les demi-finales à Madrid, nous avons décidé d’un commun accord de ne prendre aucun risque afin de ne pas compromettre la suite de la saison. »

Becherini considère aujourd’hui ce choix comme « une décision sage et mature », d’autant plus difficile pour un joueur français contraint de renoncer au tournoi parisien.

Trois mois plus tard, Fils remportait à Cincinnati le premier Masters 1000 de sa carrière.

Des problèmes au dos depuis son plus jeune âge

Becherini s’est également exprimé sur l’historique physique du Français.

Il explique notamment que les problèmes de dos de Fils ne sont pas récents.

« Malheureusement, Arthur a souffert lorsqu’il était jeune d’une blessure au dos qui l’avait déjà contraint à une période d’arrêt. En 2025, ce problème s’est manifesté à nouveau. »

Face à cette situation, son entourage a décidé de renforcer sa prise en charge. Un staff médical a été intégré afin d’accompagner sa progression sur le long terme, parallèlement au travail réalisé avec une nutritionniste et à sa préparation physique.

L’objectif est désormais de réduire autant que possible les périodes d’absence.

« Avec le travail physique que nous effectuons et une bonne programmation des tournois, nous espérons que les périodes d’arrêt forcé diminueront par rapport au passé. »

« Lorsqu’il est en bonne santé », Fils peut viser les derniers tours

La gestion du calendrier devient donc un élément essentiel du projet autour du Français.

Et Becherini ne cache pas les ambitions de son équipe lorsqu’Arthur Fils peut évoluer sans problème physique.

« Nous sommes bien conscients qu’Arthur est un joueur qui, lorsqu’il est en bonne santé, est toujours un possible prétendant aux phases finales des tournois auxquels il participe. »

Pour la fin de la saison 2026, la priorité est ainsi davantage la continuité que l’accumulation incontrôlée des tournois.

« La possibilité de jouer le plus de matchs possible dans les tournois auxquels nous participerons d’ici la fin de la saison reste notre objectif principal. »

Selon son préparateur, cette continuité devra devenir « la clé pour progresser davantage et élever son niveau ».

Une blessure qui l’a obligé à « mûrir rapidement »

Becherini connaît particulièrement bien Fils puisqu’il avait déjà travaillé avec lui en 2024.

Les deux hommes avaient mis fin à leur première collaboration en raison de « visions différentes », avant de se retrouver deux ans plus tard dans un contexte totalement différent.

Selon le préparateur italien, la longue période passée loin des courts a profondément fait évoluer le Français.

« Avec Arthur, nous avons eu la chance de nous retrouver deux ans après notre première collaboration, avec une blessure qui l’a obligé à mûrir rapidement. »

Cette épreuve lui aurait également permis de découvrir « certains aspects de son caractère dont il n’avait probablement pas totalement conscience, comme une grande résilience mentale ».

Plutôt que de considérer ces mois sans compétition comme du temps perdu, son équipe a décidé de les transformer en une véritable période de préparation.

Pendant cinq mois, d’octobre à février, Fils a ainsi travaillé avant de reprendre officiellement sa saison à Montpellier.

« Nous devions considérer cette période d’éloignement forcé des courts en raison de sa blessure comme une opportunité pour travailler et progresser. »

Ivanisevic « élève le niveau de toute l’équipe »

Cette progression s’accompagne également d’un nouvel environnement autour du Français, avec notamment la présence de Goran Ivanisevic.

Becherini se montre particulièrement élogieux envers l’ancien entraîneur de Novak Djokovic.

« Goran, dès le premier jour où il a intégré l’équipe d’Arthur, s’est révélé être un professionnel incroyable. »

Selon lui, l’apport du Croate dépasse même le seul travail effectué avec Fils.

« Comme je le dis souvent, les entraîneurs de ce calibre ont la capacité d’élever le niveau non seulement du joueur, mais de toute l’équipe, grâce également à leur expérience et à leurs connaissances. »

Ivanisevic partage également une caractéristique particulièrement appréciée par Fils : la franchise.

Becherini explique que le Français demande à son entourage d’être honnête avec lui, aussi bien pour le féliciter que pour exprimer un désaccord. Une exigence qui facilite selon lui le travail quotidien de son équipe.

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