Quatre Roland-Garros glanés sur les cinq dernières éditions. En 2024, Iga Swiatek décrochait un triplé historique, seulement réalisé par Serena Williams auparavant, en remportant les trois grands tournois de la tournée sur terre battue : WTA 1000 Madrid, WTA 1000 Rome et Roland-Garros. Dans des conditions habituellement lentes sur dur, la Polonaise a notamment remporté trois fois d’affilée le tournoi de Doha (2022-2024) et à deux reprises le WTA 1000 d’Indian Wells (2022, 2024).
Un palmarès exceptionnel qui fait de la Polonaise une joueuse extrêmement dominante à 23 ans. Avec une telle armoire à trophées, l’actuelle n°2 mondiale fait office de grande favorite à chaque tournoi. Pourtant, cette cible dans le dos devient moins difficile à atteindre pour certaines joueuses quand les conditions changent. Malgré un niveau toujours élevé, les résultats d’Iga Swiatek prouvent que sa marge est moins importante quand le jeu va plus vite, ou que les adversaires frappent plus fort.
Sur ses cinq participations à Wimbledon : un seul quart de finale. Sept participations à l’Open d’Australie : trois huitièmes de finale et deux demi-finales. Six participations à l’US Open : 1 titre et aucune autre demi-finale. Six participations à Roland-Garros : 4 titres. Permettons-nous de pondérer ces statistiques. Pour une immense partie des joueuses du circuit, ce bilan serait extraordinaire. Pour Iga Swiatek ? Il est également exceptionnel, seulement, beaucoup moins que son ultra-domination ne laisse présager pendant une grosse partie de la saison. Au-delà des résultats, certaines défaites font tâche et la récurrence des scénarios interroge.

Un jeu innârretable sur surfaces lentes
Pour analyser ce qui se passe moins bien pour Iga Swiatek, il est important de comprendre ce qui rend cette joueuse aussi forte. Revers exceptionnel, physique au-dessus de la moyenne, rapidité, intelligence et une lourdeur de balle couplée à un style de jeu difficile à appréhender. Pourquoi ? La particularité de la Polonaise réside dans sa qualité de frappe, moins à plat et beaucoup plus liftée que les autres joueuses du circuit. Une balle non seulement puissante mais lourde qui gicle tout en imposant un déplacement accru pour les adversaires, prises par l’effet donné à la balle.
Une sensation que pouvaient éprouver les joueurs qui affrontaient son idole : Rafael Nadal. Ajoutez-y sa qualité de déplacement qui lui octroie une défense hors du commun et une capacité à renverser les échanges mal engagés, et vous obtenez un cocktail explosif. Une bête capable de vous mettre en difficulté sur un éclair, en coup droit comme en revers, dans une position offensive comme défensive. Toutes ces qualités sont décuplées quand les conditions sont plus lentes (terre battue, dur plus lent, vent, gazon de deuxième semaine à Wimbledon).
Une joueuse qui frappe à plat aura toujours plus de difficulté à gérer le vent, quand le lift est recommandé pour appréhender cette situation. Les balles extrêmement liftées sont un calvaire sur terre battue. Rotations plus élevées, rebonds plus hauts : des balles tout simplement plus difficiles à jouer. Mais un tel style de jeu peut également avoir des côtés négatifs.

Prise discutée en coup droit et manque de temps sur surfaces rapides
Si le point faible de l’ancienne n°1 mondiale était plus difficile à discerner en 2022 (première saison en tant que n°1 avec un record de 37 victoires consécutives), il est désormais plus évident. Afin d’imprimer ce fameux lift, notamment en coup droit, Iga Swiatek utilise un effet lasso demandant un temps de préparation plus élevé. De cette manière, la Polonaise fouette sa raquette afin d’obtenir la frappe escomptée. Mais voilà, cette position demande quelque chose que les athlètes du circuit cherchent quasiment tous : du temps. Le temps de se dégager de la balle adverse, de réfléchir, et notamment de mettre en place sa frappe.
Swiatek utilise une prise extrême de coup droit, moins courante chez les professionnels, en tenant sa raquette par le bas du manche. Son style unique, couplé à ses qualités intrinsèques, lui permet d’asseoir une domination sans équivoque sur les joueuses qui manquent d’aggressivité. Face aux joueuses plus puissantes, dans des conditions plus rapides, la quadruple championne de Roland-Garros ne peut cacher son point faible et se retrouve généralement en difficulté.
Aryna Sabalenka, Elena Rybakina, Madison Keys ou d’autres. Elles sont peu nombreuses, mais celles qui arrivent à agresser Iga Swiatek et lui enlever du temps sur des surfaces rapides, auront une carte à jouer. En témoigne son impressionnant bilan de cinq défaites en cinq matchs contre Jelena Ostapenko.

Des progrès attendus dans plusieurs compartiments
Si son principal point faible découle d’un aspect technique, difficile à modifier, Iga Swiatek compte bien travailler sur ce point. Son entraîneur, Wim Fissette, en fait notamment l’une des priorités afin de faire progesser sa joueuse. C’est l’un des axes importants à travailler pour la Polonaise, mais pas le seul. Après plus de deux ans à dominer le circuit, Swiatek a laissé tomber sa couronne dans une lutte avec Aryna Sabalenka. Et même si elle semble toujours imbattable pour une immense partie des joueuses, certaines ont appris à la connaître et croient désormais en leurs chances.
Comme les plus grands champions de chaque sport, être au sommet nécéssite tout de même une progession constante. La native de Varsovie travaille déjà sur plusieurs aspects afin d’apporter de nouvelles choses à son jeu : le service et le jeu vers l’avant. Entre 2023 et 2024, « Iga » a notamment réussi à générer plus de puissance au service, gagnant près de 10 km/h sur ses meilleurs engagements. Peu à l’aise à la volée, elle devra également faire évoluer cette partie de son jeu afin d’augmenter ses chances d’obtenir un tout premier titre sur gazon. Les variations, comme les slices et les amorties, ne font actuellement pas partie de son arsenal et pourraient grandement lui faire du bien à l’avenir.