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« Le tennis, c’est des calculs, parfois même des coups de poker » : comment Corentin Denolly, 397e mondial, vit du circuit secondaire
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« Le tennis, c’est des calculs, parfois même des coups de poker » : comment Corentin Denolly, 397e mondial, vit du circuit secondaire

Méconnu du grand public, le circuit secondaire est pourtant le quotidien d’une grande majorité des joueurs de tennis professionnels. Nous avons rencontré Corentin Denolly, tennisman français actuellement classé à la 397e place mondiale, qui s’est confié sur la réalité de ce circuit si particulier.
Corentin Denolly lors du tournoi ATP 250 de Houston en 2025 (Jessie Alcheh/Getty Images) Corentin Denolly lors du tournoi ATP 250 de Houston en 2025 (Jessie Alcheh/Getty Images)
Corentin Denolly lors du tournoi ATP 250 de Houston en 2025 (Jessie Alcheh/Getty Images)

Avril 2025, Houston, Texas. La chaleur et l’humidité abîment les corps. Certains joueurs ont renoncé avant même de venir, d’autres, ont abandonné sur place. Mais pour Corentin Denolly, c’est l’opportunité de sa vie : il vient de se qualifier, pour la première fois de sa carrière, au tableau principal d’un tournoi ATP – en l’occurrence, un ATP 250.

« Pour moi c’est quelque chose de fabuleux, et ça restera d’ailleurs un des plus beaux moments de ma carrière », commente le natif de Pont-Évêque, dans l’Isère. Si Corentin Denolly n’est pas le plus célèbre des joueurs français, c’est bien au tennis qu’il a décidé de consacrer sa vie.

Passé par le Centre national d’entraînement (CNE) de la FFT, mais « non renouvelé » en 2019, il est désormais licencié au Tennis Club de Paris (TCP), son camp de base.

« Je suis super heureux ici ! Je ne regrette pas mes quatre ans à la fédé, mais ce n’est vraiment pas optimal. Il y a une pression inconsciente, et de la jalousie des gens de l’extérieur car tu es aidé », se souvient Corentin Denolly. Actuellement classé à la 397e place mondiale, le tennisman de 28 ans a atteint son meilleur classement en avril 2025, grimpant à la 269e position.

« Le tennis, c’est des calculs »

Bien qu’on entende souvent parler des « galères » économiques des joueurs du circuit secondaire, Corentin Denolly l’affirme : « Normalement, à un certain niveau, tu t’en sors tout le temps. Tant que tu joues au tennis et que tu ne fais pas des dépenses de fou… ».

Cependant, il est primordial d’organiser au maximum ses déplacements pour minimiser les frais. L’Isérois le sait, « le tennis, c’est des calculs ». Il organise ses tournées de sorte à se déplacer le moins possible.

« Chaque année, je fais une grosse tournée en Asie, car je sais que là-bas, la vie est beaucoup moins chère. » À l’inverse, il évite au maximum la Suisse, car le prix de la vie est un « vrai frein ».

Pour les joueurs du circuit, la véritable sécurité financière reste les matches par équipe. « C’est une vraie sécurité. Peu importe les résultats, tu sais que tu toucheras cette rentrée, et ça te permet de jouer libéré sur les prochains tournois », raconte Denolly.

La santé mentale, un paramètre incontournable

Mais le véritable fléau pour les joueurs du circuit secondaire reste l’aspect psychologique. Si les stars mondiales sont qualifiées ironiquement « d’assistés de service » par Corentin Denolly, l’histoire est tout autre pour les profils moins célèbres.

« Comme on ne peut pas se payer de coach en déplacement, on est tout le temps seuls sur les tournées. Moi, j’ai toujours été assez solitaire, donc je le vis bien, mais ça peut être plus difficile pour certains », relate le Français de 28 ans.

La solution est donc souvent de créer des liens avec les autres joueurs du circuit. « Mes meilleurs potes font tous du tennis, on a créé des liens très forts grâce à ce sport. Pendant le confinement on passait nos journées à jouer à Fortnite, avec Clément Tabur, Kyrian Jacquet et Alexandre Muller, poursuit Corentin Denolly. Et puis sur les tournois, on se retrouve souvent pour manger ensemble et faire des jeux de société. »

Mordu par un chien en plein tournoi

Organiser seul ses déplacements laisse aussi parfois place à l’inattendu. « J’étais en Géorgie pour un tournoi, je rentrais de l’entraînement, et d’un coup, un chien errant me saute dessus et me croque la jambe », se souvient Corentin Denolly.

Malgré un passage chez le médecin, le Français, rongé par la douleur, se retire du simple mais… finit par gagner le double. « Je pouvais à peine courir, j’étais strappé toute la semaine, et pourtant, ça m’a souri… Ce sont des anecdotes sympas à raconter quand tu rentres en France ! ».

La jambe de Corentin Denolly après son accident en Géorgie (corentindenolly/IG)
La jambe de Corentin Denolly après son accident en Géorgie (corentindenolly/IG)

Parfois, celles-ci permettent même de réaliser des exploits. À Houston, en avril dernier, Corentin Denolly ne devait pas entrer dans le tableau des qualifications. « J’étais 28e sur les listes d’attente, mais parfois, le tennis, c’est aussi des coups de poker », détaille le Français.

Placé juste après les Masters 1000 d’Indian Wells et de Miami, l’ATP 250 de Houston ne séduit guère les plus grands joueurs. Sa terre battue américaine, très éloignée des références européennes, en rebute plus d’un, ce qui explique à la fois les forfaits et un « cut » souvent très bas.

« Houston, c’est très intéressant pour moi, car les Américains ne sont pas bons sur terre battue, analyse le spécialiste en la matière. Moi, j’ai quasiment grandi sur terre. » Corentin Denolly arrive sur place tardivement, et sans ses bagages, qui n’arriveront que la veille de son premier match.

« J’ai eu plusieurs galères, mais c’était marrant. Je me suis arraché en qualification, sans jamais être favori, et en étant au bord des crampes sur le dernier match ». Le Français accède finalement à son premier tableau principal en ATP 250. Il passera même le premier tour face à Brandon Holt (7-6, 7-6), avant de céder contre Aleksandar Kovacevic (3-6, 3-6). « C’était que du kif, et puis le prize money était assez sympa aussi », sourit Corentin Denolly.

« Je reçois des dizaines de messages d’insultes lorsque je perds »

Sa vie de tennisman professionnel, Corentin Denolly l’adore. Mais il y a une chose qu’il aimerait vraiment changer sur le circuit : les balles. « On a vraiment besoin d’une continuité au niveau des balles, et je pense que beaucoup de joueurs seront d’accord. D’un tournoi à un autre, les balles sont différentes, et ça change complètement ton jeu », regrette l’Isérois. Il rêve d’une organisation « par saison », avec les mêmes balles pour tous les tournois d’une même surface.

« Quand on joue avec des balles Head, on va tous voir les kinés après les matchs car on a mal au bras », ironise Corentin Denolly. Mais son principal regret reste les parieurs, qui sont de plus en plus nombreux, et, surtout, de plus en plus violents. « J’aimerais que les instances protègent un peu plus les joueurs vis-à-vis des paris. Personnellement, je reçois des dizaines de messages d’insultes lorsque je perds mes matchs », poursuit le Français.

Il reconnaît une sorte « d’hypocrisie » de la part des organisateurs : « Et à côté de ça, des tournois vont être sponsorisés par des applications de paris sportifs. Je pense qu’il y a quelque chose à faire ».

Les qualifs de Grand Chelem, objectif premier

Si 2025 a été une année réussie, Corentin Denolly a encore de l’ambition pour la suite. « L’objectif, pour les joueurs comme moi, c’est de jouer les qualifications en Grand Chelem. Financièrement c’est un gros boost », affirme l’intéressé, qui a déjà participé à trois reprises aux qualifications de Roland-Garros.

Il sait que le vrai tremplin pour un joueur de son calibre reste les wild-cards, permettant un accès direct au tableau principal d’un tournoi. Mais le spécialiste de la terre en a conscience : « Pour moi c’est compliqué. Je ne suis plus dans le système fédéral, et je commence à être un peu vieux ».

Pour Corentin Denolly, la véritable clé du circuit secondaire, c’est l’autonomie : calculer ses tournées, choisir ses destinations, gérer son budget. Et quand l’opportunité arrive – comme à Houston –, il la saisit : « Normalement, ton niveau te permet de gagner des matchs. Et si tu es dans le dur, tu repars sur des tournois plus bas pour reprendre confiance. On s’en sort toujours. »

Yann Denéchère & Gabin Bazile pour Univers Tennis

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