Moise Kouame a quitté Roland-Garros ce samedi avec le sourire malgré la défaite. Battu en quatre sets par Alejandro Tabilo au troisième tour (4-6, 6-3, 6-4, 7-6), le Français de 17 ans a conclu une très belle quinzaine qui l’a vu devenir le plus jeune joueur à atteindre le troisième tour d’un Grand Chelem depuis Rafael Nadal à Wimbledon en 2003.
En conférence de presse, le Tricolore a surtout retenu tout ce que cette aventure lui a appris sur lui-même.
« J’ai appris énormément sur moi »
Même si l’élimination reste forcément difficile à accepter pour un compétiteur, Kouame préfère regarder l’ensemble de son parcours.
« C’était un très gros match, une très grosse bataille. J’ai essayé de rester au contact dans le quatrième set et j’ai réussi à accrocher le tie-break. Ensuite, ça s’est joué sur des petits détails », a-t-il déclaré.
Mais surtout, le Français estime avoir énormément progressé durant cette première expérience en Grand Chelem : « J’ai appris beaucoup de choses sur moi. Physiquement, j’ai découvert que je pouvais tenir de très longs matchs et enchaîner plusieurs rencontres à très haute intensité. »
Après un combat de 4h56 au deuxième tour puis une nouvelle bataille face à Tabilo, cette réponse était particulièrement attendue : « La grande question avant le tournoi était de savoir si mon corps allait tenir sur des matchs de trois ou quatre heures. Maintenant, la réponse est oui. »
Si le résultat est frustrant, Kouame considère que cette élimination pourrait être l’un des moments les plus importants de son apprentissage : « Bien sûr, quand on perd, on est toujours un peu déçu. Je suis un combattant et je veux toujours gagner. »
Mais très vite, le Français a pris du recul : « Cette défaite va m’aider à grandir. J’ai appris énormément sur moi-même et cette défaite m’a peut-être apporté plus que mes deux victoires. »
Une réflexion déjà très mature pour un joueur qui découvre encore le circuit professionnel : « Je ne suis pas un mauvais perdant. Je suis quelqu’un qui apprend de ses erreurs et qui essaie toujours de rebondir. »
Mené dans le quatrième acte, Moise Kouame a longtemps cru pouvoir pousser Alejandro Tabilo dans une manche décisive : « J’avais vraiment envie de jouer un autre match en cinq sets. »
Porté par le public du Suzanne-Lenglen, il sentait l’ambiance basculer progressivement en sa faveur : « Je sentais que le public me poussait de plus en plus. J’essayais d’absorber toute cette énergie positive. »
Même si cela n’a finalement pas suffi, le Français retient un enseignement précieux : « Quand le public est avec moi, j’ai l’impression que ça peut repousser mes limites. »
Une arme mentale qu’il connaissait déjà
Interrogé sur les ressources mentales découvertes durant cette quinzaine, Kouame n’a pas hésité longtemps : « Mentalement, j’ai toujours su que j’étais quelqu’un de solide. »
Le Français explique avoir souvent renversé des situations compliquées durant sa jeunesse : « J’ai toujours su que je pouvais retourner un match. Je l’ai déjà fait beaucoup de fois auparavant. »
Même si cette fois le retournement n’a pas eu lieu, il estime avoir confirmé cette qualité : « Je savais que c’était une arme secrète que je pouvais utiliser si j’en avais besoin. »
Depuis sa victoire contre Marin Cilic puis son incroyable qualification au troisième tour, la popularité de Kouame a explosé. Le Français reconnaît avoir constaté le changement : « Quand j’entre sur le Suzanne-Lenglen et que les tribunes sont pleines, oui, je vois la différence. »
Il a également observé l’explosion de ses réseaux sociaux : « Avec Roland-Garros, c’est vrai que j’ai changé de dimension en termes de visibilité. »
Mais le joueur de 17 ans refuse de se laisser distraire : « Le plus important reste ce que je fais sur le court. Les gens veulent me voir me battre, gagner des points et prendre du plaisir. »
Alors que beaucoup pourraient être tentés de revoir leurs ambitions à la hausse après une telle quinzaine, Kouame préfère rester fidèle à sa méthode : « Ce que j’ai fait ici est très bien, même très bien. Le plus important reste de me concentrer sur moi-même. Si après ce tournoi je traverse des moments compliqués, ce sera normal. Ça arrive à tous les sportifs. »
Son discours reste donc inchangé : « Le plus important est de continuer à bien s’entraîner, bien jouer et continuer à progresser. »
De Roland-Garros à Lyon, sans transition difficile
Dans quelques jours, Kouame retrouvera le circuit Challenger à Lyon (8-14 juin). Une transition qui pourrait sembler brutale après l’effervescence parisienne.
Mais là encore, le Français ne s’en préoccupe pas : « On m’avait déjà posé la question quand j’étais passé de Monaco à un tournoi ITF. J’avais répondu que ça ne me poserait aucun problème, et j’avais gagné le tournoi. »
Sa philosophie reste simple : « Que je joue à Roland-Garros, à Lyon ou en Italie, c’est pareil. »
Car pour lui, seule une chose compte : « Devant 10 000 personnes ou devant cinq personnes, je joue toujours avec les mêmes objectifs. »