Derrière les cinq titres du Grand Chelem de Jannik Sinner se cache un mental hors du commun. Dans un long entretien accordé au Corriere della Sera, son entraîneur Simone Vagnozzi explique ce qui rend le n°1 mondial si différent des autres joueurs.
De son obsession du travail à sa capacité à transformer les échecs en moteur, en passant par ses malaises physiques ou encore son incroyable faculté à accepter la critique, le technicien italien lève le voile sur la plus grande force de son champion.
« En cinq ans, je n’ai dû le motiver que deux ou trois fois »
Pour Simone Vagnozzi, la qualité la plus impressionnante de Jannik Sinner n’est ni son coup droit ni son service.
C’est son envie permanente de progresser. Le coach italien révèle n’avoir quasiment jamais eu besoin de pousser son joueur à travailler depuis le début de leur collaboration en 2022 : « Oui, c’est même impressionnant. En cinq ans, j’ai peut-être dû le motiver deux ou trois fois. C’est toujours lui qui veut faire les sacrifices nécessaires pour progresser. »
Selon lui, cette attitude est extrêmement rare au plus haut niveau.
Même après une victoire ou un titre, Sinner cherche immédiatement ce qu’il peut encore améliorer.
La plus grande qualité de Sinner ? Accepter ce qu’il ne veut pas entendre
Autre caractéristique qui impressionne Vagnozzi : l’humilité du n°1 mondial.
Malgré son statut, Jannik Sinner accepte les critiques et recherche même les remarques les plus difficiles à entendre : « Il n’a pas cette présomption qu’il pourrait pourtant avoir. Même si tu le reprends durement après un match, il réfléchit à ce que tu lui as dit, il réagit et il l’accepte. »
Son entraîneur estime même que c’est probablement sa plus grande qualité : « Sa plus grande qualité est de vouloir s’entourer de personnes qui lui disent ce qu’il ne veut pas entendre. »
Une mentalité qui lui permet de continuer à progresser alors qu’il domine déjà le circuit mondial. Pour Vagnozzi, la progression technique passe d’abord par le mental.
Avant d’apprendre une amortie ou une montée au filet, il faut avoir le courage d’oser les tenter, même au risque d’échouer : « Tout part de l’attitude, de l’ouverture d’esprit et de l’envie de progresser. Il faut trouver le courage de tenter certaines choses, mais aussi le courage d’échouer. »
Le technicien italien rappelle que la confiance de Sinner ne tombe pas du ciel.
Elle est le fruit d’heures de répétitions à l’entraînement : « Aujourd’hui, on remarque qu’il réussit des aces dans les moments importants. Mais cela arrive parce qu’il a travaillé ce geste pendant des heures et des heures. »
Les malaises de Sinner ? « Ce n’est jamais une seule cause »
Si Jannik Sinner ne baisse quasiment jamais les bras pendant un match, c’est aussi parce qu’il est pleinement conscient des sacrifices qu’il consent depuis des années.
Pour son entraîneur, cette réflexion nourrit directement sa capacité à renverser les situations les plus compliquées : « Ce type de joueur se sent toujours plus fort que les autres et veut le démontrer. »
Puis il dévoile ce que le n°1 mondial se répète dans les moments difficiles : « Jannik se dit : ‘Je fais énormément de sacrifices, je renonce à ma jeunesse pour ce sport. Je ne peux certainement pas abandonner.’ »
Ces dernières années, Jannik Sinner a parfois connu plusieurs malaises physiques en plein match quand les conditions étaient difficiles, notamment à Roland-Garros cette saison.
Pour Simone Vagnozzi, il ne faut pourtant pas chercher une explication unique : « Je ne pense pas qu’il y ait une seule cause. Ce sont plusieurs petites choses qui, mises bout à bout, peuvent provoquer ces petits effondrements. »
Le coach rappelle également que ces épisodes restent très rares : « Il y en a eu quatre en cinq ans. »
Selon lui, plusieurs facteurs peuvent se combiner : la chaleur, la fatigue, la tension nerveuse ou encore un important stress physique et mental, comme cela avait été le cas à Roland-Garros : « Ces joueurs ne sont pas des robots. »