Arthur Fils après son titre à Cincinnati : « Les gens pensaient que j’étais fini… et maintenant, personne ne va parler »

Arthur Fils a remporté le premier Masters 1000 de sa carrière à Cincinnati en dominant Frances Tiafoe en finale. Après son sacre, le Français de 22 ans est revenu sur les blessures qui ont freiné sa progression, les critiques dont il a fait l’objet et cette confiance qui ne l’a jamais quitté.
Arthur Fils avec son trophée au Masters 1000 de Cincinnati (Matthew Stockman/Getty Images) Arthur Fils avec son trophée au Masters 1000 de Cincinnati (Matthew Stockman/Getty Images)
Arthur Fils avec son trophée au Masters 1000 de Cincinnati (Matthew Stockman/Getty Images)

Quelques minutes après avoir décroché le plus grand titre de sa carrière, Arthur Fils s’est présenté devant les médias avec le trophée du Masters 1000 de Cincinnati à ses côtés.

Vainqueur de Frances Tiafoe en finale, le Français vient de franchir un immense cap. Fils devient à 22 ans le cinquième Français à remporter un Masters 1000 et le premier depuis Jo-Wilfried Tsonga en 2014.

Mais au-delà du trophée, cette conférence de presse a surtout permis au nouveau 11e mondial de revenir sur tout ce qu’il a traversé pour arriver jusqu’ici : ses longues absences, ses blessures, les critiques et cette conviction qu’il finirait par obtenir sa chance.

« Allez mec, fais quelque chose, montre quelque chose »

La finale aurait pourtant pu lui échapper. Après avoir parfaitement lancé son match, Arthur Fils a complètement perdu le fil dans la deuxième manche. Frances Tiafoe en a profité pour revenir à hauteur et pousser le Français dans un set décisif.

Fils raconte alors avoir utilisé sa pause aux vestiaires pour se remettre les idées en place : « Après le deuxième set, je suis simplement allé aux toilettes. Je me suis parlé dans le miroir. Je me suis dit : ‘Allez mec, fais quelque chose, montre quelque chose.’ Parce que j’étais vraiment en train de sombrer. »

Un discours intérieur qui a manifestement fonctionné. De retour sur le court, le Français a immédiatement repris le contrôle de la rencontre et n’a plus laissé respirer son adversaire : « Je suis très heureux de la manière dont j’ai joué le troisième set. »

Une réaction qui symbolise parfaitement l’un des éléments dont Fils s’est montré le plus fier cette semaine : sa progression dans la gestion des moments difficiles.

Arthur Fils savoure après des mois difficiles

Ce premier Masters 1000 prend forcément une dimension particulière au regard des nombreux problèmes physiques rencontrés par le Français.

Fils a notamment connu une absence de huit mois avant d’être de nouveau éloigné du circuit pendant deux mois. Cette saison encore, son corps l’a freiné à plusieurs reprises, notamment autour de Roland-Garros.

Le Français n’a rien oublié : « Ça a été une difficile l’année dernière. Même cette année n’a pas été facile avec Roland-Garros et quelques blessures qui m’ont tenu éloigné du court. »

Ces périodes loin de la compétition ont toutefois renforcé son envie de retrouver ce type de moments : « Quand tu te blesses, tu penses simplement à revenir et à vivre ce genre de moment. Ça fait vraiment du bien d’avoir un trophée à côté de moi, surtout un Masters 1000. Je n’en avais jamais gagné auparavant. C’est pour ça que je joue au tennis. »

Arthur Fils répond aux critiques : « Maintenant, personne ne va parler »

Surtout, Arthur Fils assure n’avoir jamais réellement douté de sa capacité à retrouver les sommets.

Même lorsqu’il était incapable de jouer pendant plusieurs mois, le Français restait convaincu qu’une opportunité finirait par se présenter : « Je savais que je pouvais y arriver. Même quand j’étais blessé, absent du circuit pendant huit mois, puis encore pendant deux mois, je me disais que ce n’était pas grave. »

La solution était simple dans son esprit : continuer à travailler jusqu’au jour où une porte s’ouvrirait : « Je devais simplement beaucoup, beaucoup, beaucoup m’entraîner et peut-être que j’aurais une occasion d’y arriver. J’ai toujours été très confiant là-dessus. Et nous voilà. »

Une conviction récompensée de la plus belle des manières à Cincinnati. Mais l’un des passages les plus marquants de sa conférence concerne les critiques reçues ces derniers mois.

Après sa victoire, Fils avait laissé un message particulièrement explicite sur la caméra : « Who’s gonna talk now? », autrement dit : « Qui va parler maintenant ? »

Interrogé sur cette sortie, il n’a pas cherché à esquiver : « Les gens parlaient très mal. En France, c’est parfois très facile de critiquer. »

Le Français estime notamment que certaines réactions après son absence à Roland-Garros puis son élimination précoce à Washington sont allées beaucoup trop loin : « Je n’ai pas joué Roland-Garros, j’ai perdu tôt à Washington et les gens pensent que je suis fini et que je ne sais plus jouer au tennis. Mais nous voilà : j’ai remporté le titre. Et je pense que maintenant, personne ne va parler. »

Les critiques comme carburant

Arthur Fils reconnaît d’ailleurs que certaines critiques peuvent lui servir de motivation supplémentaire.

S’il assure essayer de ne pas les regarder, il ne les oublie pas lorsqu’elles arrivent jusqu’à lui : « Je les utilise comme carburant, oui. Soit je ne les regarde pas, mais si elles arrivent devant mes yeux, alors je les utilise comme carburant. »

Et le Français se lance alors un défi : « Je me dis : ‘OK, on verra la semaine prochaine.’ Je sais que je vais être capable de très bien jouer à nouveau. Et après, on verra s’ils diront la même chose. »

À Cincinnati, la réponse est arrivée directement sur le court. Au-delà du résultat, son équipe a particulièrement apprécié l’attitude affichée par Fils pendant le tournoi.

Le Français reconnaît ne pas avoir nécessairement produit le meilleur tennis de sa carrière durant toute la semaine. En revanche, sa capacité à trouver des solutions a évolué : « Ils m’ont dit que je n’avais peut-être pas joué le meilleur tennis que j’aie jamais joué dans ma vie, mais ils étaient très contents de mes réactions sur le court et du fait que j’aie été un peu plus mature dans certains moments. »

Changer de tactique, s’adapter à son adversaire et surtout éviter de laisser les émotions prendre le dessus : autant de domaines dans lesquels Fils estime avoir progressé : « Ils étaient très contents du travail que nous avons fait. Et ils m’ont aussi beaucoup aidé aujourd’hui. »

« Ce n’est pas mon objectif final »

Arthur Fils pourrait se satisfaire de ce qu’il vient d’accomplir. À seulement 22 ans, le Français possède désormais un Masters 1000 et cinq titres ATP. Il atteindra également lundi le meilleur classement de sa carrière, à la 11e place mondiale, tout en occupant provisoirement la 5e place à la Race.

Mais Cincinnati ne représente pas une finalité : « C’est un grand accomplissement, mais je pense que ce n’est pas mon objectif final. »

Fils veut désormais aller encore plus haut : « Je vais essayer d’en gagner davantage, de remporter plus de titres. Je vais essayer de monter au classement ou de gagner des titres encore plus importants. »

Le Français sait parfaitement ce que cela implique : « Je sais que ce n’est pas facile du tout. Je dois travailler beaucoup, beaucoup, beaucoup pour pouvoir y arriver. Mais je pense qu’avoir déjà l’un de ces trophées à mon âge, c’est plutôt bien. »

Après des mois de blessures et d’incertitudes, Arthur Fils vient donc de donner une nouvelle dimension à sa carrière. Et à quelques jours de l’US Open, le nouveau champion de Cincinnati ne compte manifestement pas s’arrêter là.

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