En mai 2012, le tournoi de Madrid a lancé une grande innovation en introduisant une terre battue bleue. À l’origine de cette décision se trouvait Ion Tiriac, ancien joueur devenu organisateur ambitieux et excentrique.
Son objectif était d’améliorer la visibilité de la balle à la télévision avec l’avènement de la haute définition, tout en modernisant l’image du tournoi madrilène en créant un véritable buzz autour de l’événement.
La création de la terre battue bleue a reposé sur un procédé scientifique précis : l’oxyde de fer est retiré des briques rouges concassées pour obtenir une poudre blanche, ensuite teintée avec des colorants bleus. La promesse d’une révolution visuelle n’a pas tardé à faire parler d’elle. Mais très vite, l’enthousiasme esthétique a laissé place à la désillusion sportive.
Une surface glissante et critiquée
Dès les premiers tours, les critiques se sont multipliées. La surface était jugée instable et dangereuse, compromettant les appuis et les glissades.
Rafael Nadal, double vainqueur à Madrid, est tombé dès le troisième tour face à Fernando Verdasco. Une défaite rare pour le roi de la terre battue qui a accentué son exaspération. Il a déclaré : « Si Madrid continue avec cette surface, je n’y jouerai pas l’année prochaine. »
Novak Djokovic, éliminé en quarts de finale par Janko Tipsarevic, s’est montré tout aussi critique : « Je veux oublier cette semaine le plus vite possible et partir sur la vraie terre. S’ils continuent sur cette lancée, ils auront leur tournoi, mais sans moi. Ce n’est pas du tennis. »
Roger Federer roi de la terre bleue
En revanche, Roger Federer a su s’adapter. Le Suisse a remporté le tournoi pour la troisième fois de sa carrière, s’imposant en finale face à Tomas Berdych (3-6, 7-5, 7-5), et a repris la deuxième place mondiale à Nadal.
Malgré son succès, Federer a tout de même reconnu les difficultés de la surface : « Je comprends que les autres joueurs soient frustrés. Ce n’est pas une terre battue normale. C’était dur de bien bouger sur cette surface, mais il faut s’adapter pour essayer d’en tirer le meilleur parti »

Le tournoi WTA dominé par Serena Williams
Chez les femmes, Serena Williams a brillé en ne laissant qu’un seul set sur sa route. Impressionnante en demi-finale face à Maria Sharapova (6-1, 6-3), elle s’est ensuite imposée en finale contre la n°1 mondiale Victoria Azarenka, sur le score sans appel de 6-1, 6-3.
Après son titre, l’Américaine a exprimé un point de vue opposé à celui des leaders du circuit masculin, leur reprochant notamment de se plaindre trop souvent : « Les femmes sont bien plus fortes que les hommes. C’est pour ça qu’on a des enfants. Vous ne pourriez jamais gérer des enfants. Nous, les femmes, on ne se plaint pas, on fait juste de notre mieux. À la WTA, on est de vraies performeuses, on ne se contente pas de jouer les minettes. »

Une expérience rapidement abandonnée
Face à la contestation générale, les instances du tennis ont interdit la terre battue bleue avant d’exiger un retour à la terre ocre dès 2013. Ion Tiriac, fidèle à sa vision, a continué de défendre le concept : « Le bleu était une belle innovation. Le problème n’était pas la couleur, mais la qualité du court. »
Aujourd’hui encore, l’édition 2012 de Madrid reste la seule de l’histoire jouée sur une terre battue bleue. Une tentative aussi unique que controversée. Comme un symbole, Rafael Nadal a rapidement réaffirmé son emprise en remportant l’édition 2013, disputée sur une terre battue revenue à sa teinte traditionnelle.
🎬 𝗨𝗡𝗜𝗩𝗘𝗥𝗦 𝗦𝗧𝗢𝗥𝗬 #𝟯 : La saison où le tournoi de Madrid s’est disputé sur une terre battue…BLEUE. 😲💙
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— Univers Tennis 🎾 (@UniversTennis) May 4, 2024