À quelques jours de son entrée en lice à Roland-Garros, Corentin Moutet s’est présenté en conférence de presse avec beaucoup de franchise. Le Français, tête de série Porte d’Auteuil pour la première fois de sa carrière, arrive toutefois dans une dynamique bien différente de celle qu’il espérait il y a encore quelques mois.
Après une bonne saison 2025, marquée par plusieurs grosses performances et une progression constante au classement, le gaucher traverse un début d’année plus compliqué. Des résultats en baisse, un manque de confiance assumé, mais aussi un corps marqué par les efforts accumulés la saison dernière.
« L’état de forme, comme les résultats le montrent, il n’est pas… J’ai déjà été plus en forme que ça », a reconnu Moutet. « Ce n’est pas le Roland où j’arrive avec le plus de confiance dans mon tennis. »
« J’ai poussé mon corps au-delà de ses limites »
Le Français explique clairement les raisons de cette baisse de régime. Selon lui, sa fin de saison 2025 a laissé des traces physiques importantes.
« En fin d’année dernière, j’ai beaucoup poussé sur mon corps. Je l’ai vraiment poussé au-delà de ses limites », a-t-il confié.
Une décision assumée, notamment en raison de son implication avec l’équipe de France en Coupe Davis, un objectif qu’il considère comme prioritaire : « J’avais cet objectif. S’il n’y avait pas eu la Coupe Davis, j’aurais arrêté ma saison plus tôt. Mais c’était super important pour moi d’honorer mon pays de la meilleure des façons. »
Le Français reconnaît aujourd’hui payer ces efforts : « Je pense que je le paye un peu cette année. Mais si c’était à refaire, sûrement que je le referais. J’ai fait des choix pour le collectif qui ont un peu sacrifié ma carrière personnelle. Il faut faire des choix. Je ne les regrette pas, mais ça peut expliquer mon état de forme actuel »
Malgré tout, Moutet insiste sur un point : physiquement, son corps tient désormais : « Le corps va bien, c’est l’essentiel. »
Une première tête de série… dans une période de doute
Classé parmi les 32 meilleurs joueurs du tournoi, Corentin Moutet abordera Roland-Garros avec un nouveau statut.
Une situation paradoxale pour lui, puisqu’il estime arriver avec moins de certitudes tennistiques que lors de ses précédentes campagnes parisiennes : « C’est la première fois que j’arrive tête de série à Roland-Garros et pourtant c’est peut-être la première fois où j’arrive avec des résultats pas très satisfaisants avant le tournoi. »
Le Français évoque aussi une adaptation plus difficile qu’attendu à son nouveau classement et à ce nouveau rythme sur le circuit ATP : « Je suis à mon meilleur classement, pourtant je n’ai pas gagné énormément de matchs cette année. »
Avec ce statut, il entre désormais plus tard dans les grands tournois, notamment en Masters 1000, ce qui change complètement la dynamique de compétition : « Parfois, tu joues un qualifié qui a déjà trois matchs dans les jambes dans les conditions du tournoi, alors que toi c’est ton premier match. »
« La pression, je l’ai toujours ressentie à Roland-Garros »
Même sans arriver au sommet de sa confiance, Moutet compte évidemment sur l’atmosphère parisienne pour élever son niveau de jeu : « À Roland-Garros, c’est toujours spécial. Il y a du monde, ils nous donnent beaucoup de soutien. Ça me tient à cœur de leur donner un retour. »
Mais le Français l’assure : le statut de tête de série ne change pas réellement la pression qu’il ressent Porte d’Auteuil : « La pression, je l’ai toujours quand j’arrive à Roland-Garros. J’ai grandi avec ce tournoi, donc évidemment on n’a pas envie de quitter la compétition très tôt. »
Pour lui, le tennis moderne rend de toute façon chaque premier tour extrêmement piégeux : « Aujourd’hui, tous les joueurs du top 100, même au-delà, sont très bons. Chaque match sera compliqué. »
« Je ne fais partie d’aucun mouvement »
Interrogé également sur les tensions actuelles autour de la redistribution des revenus en Grand Chelem, Corentin Moutet s’est montré beaucoup plus détaché que certains membres du top mondial.
Alors que plusieurs figures majeures du circuit évoquent publiquement un possible boycott, Moutet préfère, lui, rester focalisé sur l’aspect sportif.
« Moi, je ne fais partie d’aucun mouvement. C’est un sport individuel. S’il y avait réellement un mouvement collectif, je pense que les joueurs se seraient unifiés bien plus tôt. Tout le monde défend ses intérêts », a expliqué le Français. Le seul mouvement que je suis, c’est d’être performant et de mieux jouer que ce que je fais récemment. »
Son immense respect pour Gaël Monfils
Enfin, Moutet a rendu hommage à Gaël Monfils, qui disputera son dernier Roland-Garros cette année : « Pour moi, Gaël, c’est une icône du tennis français. Quand je suis arrivé sur le circuit, il n’a jamais créé de distance avec moi. Il m’a accueilli. »
Moutet a également salué l’impact de Monfils sur l’image du tennis moderne : « Il a cassé les codes. Il a accepté d’être lui-même dans un sport parfois un peu aseptisé. Il a inspiré plein de jeunes et il continuera à inspirer même après sa carrière. »