Alors que de nombreux joueurs militent depuis plusieurs mois pour obtenir une part plus importante des revenus générés par les tournois du Grand Chelem, Rafael Nadal a livré une analyse nuancée dans un entretien accordé à CNBC.
L’ancien n°1 mondial estime que certaines revendications sont légitimes, mais refuse l’idée d’un partage automatique des revenus entre les joueurs et les organisateurs.
Interrogé sur les discussions autour de la répartition des revenus dans le tennis, Rafael Nadal a expliqué comprendre les arguments avancés par les joueurs… tout en rappelant la réalité économique des organisateurs : « Si vous êtes joueur, vous pensez probablement que vous méritez davantage. Si vous êtes un tournoi, vous pensez sûrement le contraire. »
L’Espagnol affirme avoir toujours été ouvert au dialogue lorsqu’il était encore sur le circuit, mais estime que les revendications actuelles doivent être nuancées : « J’ai toujours été ouvert à ces discussions quand j’étais joueur. Maintenant que je ne le suis plus, je pense que les joueurs ont raison sur certains points, mais pas sur tout. »
Rafael Nadal ne veut pas d’un partage des revenus
Selon lui, les joueurs oublient parfois l’investissement réalisé tout au long de l’année par les organisateurs : « Les joueurs arrivent au tournoi, jouent, reçoivent leur prize money puis rentrent chez eux. Les tournois, eux, investissent toute l’année pour préparer cette ou ces deux semaines de compétition. »
Contrairement à certains joueurs qui réclament un modèle inspiré d’autres sports professionnels, Rafael Nadal ne pense pas que les tournois doivent partager directement leurs revenus : « Je ne pense pas que les joueurs doivent partager les revenus des tournois. »
À ses yeux, une solution plus simple et plus durable existe : négocier une hausse régulière des dotations : « Je pense que les joueurs doivent trouver un accord avec les Grands Chelems. Dire : ‘Je veux que mon prize money augmente de 5 %, 10 %, 15 % ou 3 % chaque année.’ Peu importe le pourcentage, mais il faut trouver un accord. »
Il imagine même un engagement sur le long terme afin d’éviter que le débat ne revienne chaque saison : « Les Grands Chelems s’engagent à augmenter le prize money d’un certain pourcentage chaque année. Ce serait équitable pour les joueurs, équitable pour les tournois. Et une fois cet accord signé, signez-le pour dix ans afin d’avoir dix années de tranquillité. »
Les Grands Chelems ont construit leur propre valeur
Rafael Nadal reconnaît que les quatre tournois majeurs bénéficient d’un statut unique, mais il rappelle que cette position ne s’est pas construite par hasard : « Les Grands Chelems ont un énorme avantage parce qu’il n’y en a que quatre par an. Ils ont le privilège d’être des Grands Chelems. »
Selon lui, cette valeur a été bâtie au fil des décennies grâce au prestige sportif de ces compétitions : « Ils ont construit cette marque. Ils méritent d’être ce qu’ils sont parce que, d’une certaine manière, nous, les joueurs, leur avons donné cette importance. Ce sont les tournois que nous voulions gagner plus que tous les autres. C’est pour cela qu’ils ont ce pouvoir. »
Enfin, Rafael Nadal estime que les rémunérations ont déjà énormément progressé ces dernières années : « Les Grands Chelems augmentent le prize money année après année de manière importante. »
Il invite ainsi les joueurs à replacer cette évolution dans son contexte.
« Si vous regardez ce que les joueurs gagnaient il y a quinze ans et ce qu’ils gagnent aujourd’hui, l’augmentation est largement supérieure, en pourcentage, à celle de quasiment n’importe quel autre métier. Les joueurs doivent aussi reconnaître cela », a-t-il déclaré.