Il savait que chaque point pouvait être le dernier. Pour ses adieux au tennis professionnel, Kei Nishikori avait choisi un endroit qui ne devait rien au hasard : Tokyo, devant son public japonais.
Frances Tiafoe aura finalement été son dernier adversaire. Le n°8 mondial s’est imposé en deux manches (6-4, 6-4) et a ainsi mis un terme à une aventure commencée près de vingt ans plus tôt.
Au-delà du résultat, cette journée marquait surtout les adieux de l’un des joueurs les plus importants de l’histoire du tennis asiatique.
Une dernière fois devant le public japonais
Il n’y aura donc pas de dernier parcours à Tokyo.
Invité par l’organisation pour disputer le tournoi une ultime fois, Nishikori espérait prolonger de quelques jours sa carrière. Face à Tiafoe, tête de série n°2, la marche était trop haute.
Le n°8 mondial n’a laissé aucune chance à la star locale malgré quelques bonnes séquences du Japonais. Un break d’avance aura suffit dans chaque manche.
Une fois le dernier point disputé, le résultat est rapidement devenu secondaire. Nishikori venait surtout de jouer le dernier point de sa carrière professionnelle.
À 36 ans, celui qui a porté le tennis japonais au plus haut niveau pouvait définitivement saluer son public.
Une image particulièrement symbolique pour un joueur dont la carrière restera indissociable de l’essor du tennis asiatique sur la scène mondiale.
Le dernier point de la carrière de Kei Nishikori. 🥺🇯🇵
Il n’aura jamais remporté de grand titre, mais il aura réussi à se faire une place au milieu d’une génération de géants.
Une carrière trop souvent freinée par les blessures.
Merci pour tout, Kei. ❤️ pic.twitter.com/c5LQ4iONAR
— Univers Tennis 🎾 (@UniversTennis) October 1, 2026
Celui qui avait réussi à se faire une place parmi les géants
Nishikori quitte le tennis sans avoir remporté de Grand Chelem ni de Masters 1000. Mais réduire sa carrière à cette absence de titre majeur ferait oublier l’époque dans laquelle il a évolué.
Le Japonais a passé ses meilleures années au cœur d’une génération dominée par Roger Federer, Rafael Nadal et Novak Djokovic, auxquels s’ajoutaient notamment Andy Murray et Stan Wawrinka.
Et malgré cette concurrence exceptionnelle, Nishikori a réussi à atteindre la 4e place mondiale.
Son sommet restera l’US Open 2014.
Après avoir successivement éliminé Milos Raonic, Stan Wawrinka puis Novak Djokovic, il était devenu le premier homme asiatique à atteindre une finale de Grand Chelem en simple. Marin Cilic l’avait finalement privé du titre à New York.
Nishikori ne retrouvera jamais une telle opportunité.
12 titres et quatre finales en Masters 1000
Son palmarès reste néanmoins considérable.
Nishikori termine sa carrière avec 12 titres ATP, dont six remportés en ATP 500. Il a également atteint quatre finales en Masters 1000, sans parvenir à soulever l’un de ces trophées.
Il s’est qualifié à plusieurs reprises pour le Masters de fin de saison, devenant le premier joueur asiatique à participer aux ATP Finals en simple, et y a atteint deux fois les demi-finales.
Le Japonais a également remporté une médaille olympique en simple à Rio en 2016, mettant fin à une attente de 96 ans pour le Japon concernant une médaille olympique en tennis.
À son meilleur, Nishikori était aussi capable de faire tomber les références absolues de son époque. Il a notamment accumulé sept victoires face aux membres du Big 3 au cours de sa carrière.
Une carrière constamment rattrapée par les blessures
Il restera aussi cette impression persistante : celle d’une carrière qui aurait peut-être pu être encore plus grande sans les blessures.
Poignet, coude, hanche, épaule… les interruptions se sont accumulées au fil des années et ont régulièrement coupé Nishikori dans son élan.
Son corps l’a particulièrement éloigné du circuit durant la dernière partie de sa carrière. Les retours ont été nombreux, les périodes de compétition parfois très courtes.
Mais Nishikori est toujours revenu.
Cette fragilité physique contraste d’ailleurs avec l’une des grandes qualités qui avaient fait sa réputation lorsqu’il était au sommet : sa capacité à résister dans les combats les plus longs. Il termine notamment avec un remarquable bilan de 29 victoires pour seulement 8 défaites en cinq sets.
Une empreinte qui dépasse son palmarès
Les chiffres racontent une partie de l’histoire : 12 titres, une finale de Grand Chelem, quatre finales de Masters 1000, une 4e place mondiale et plus de 450 victoires sur le circuit.
Mais l’héritage de Nishikori dépasse ces statistiques.
Avant lui, aucun joueur asiatique n’avait atteint une finale de Grand Chelem masculin en simple. Aucun homme asiatique n’avait non plus participé aux ATP Finals en simple.
Pendant plusieurs saisons, Nishikori a été installé parmi les tout meilleurs joueurs du monde à une période où accéder aux premières places du classement représentait un défi immense.
Il n’aura jamais remporté le grand titre qui aurait définitivement couronné cette carrière. Mais pendant plus d’une décennie, il aura réussi à exister au milieu des géants et à ouvrir une voie nouvelle pour le tennis japonais et asiatique.
À Tokyo, devant son public, cette histoire vient désormais de prendre fin. Arigato, Kei.