Auteur d’un premier set de très grande facture contre Carlos Alcaraz en finale de l’Open d’Australie, Novak Djokovic a ensuite vu la dynamique lui échapper face à un n°1 mondial capable d’élever progressivement son niveau.
Quelques minutes après la remise des trophées, Djokovic s’est présenté en conférence de presse pour analyser cette finale, revenir sur les moments charnières du match et livrer un regard sur son tournoi.
Tournoi incroyable. Il y aura une future génération de fans de tennis qui n’aura pas la chance de vous voir jouer contre Carlos en direct. Pour ces personnes-là, quelle est selon vous l’histoire de cette rivalité ?
Novak Djokovic : Je ne sais pas vraiment quoi leur dire. Mais ce que je peux dire, c’est que pour moi, c’est toujours un plaisir de l’affronter. Il est clairement l’un des meilleurs joueurs que j’ai affrontés dans toute ma carrière. Il vous pousse à jouer votre meilleur tennis si vous voulez le battre. C’est ce que j’ai réussi à faire pendant un set et demi, puis les choses ont changé. Il mérite sa victoire.
Ces dernières semaines ont été faites de hauts et de bas. À quel point ce tournoi nourrit-il votre conviction que vous pouvez encore rivaliser au plus haut niveau ?
Novak Djokovic : J’ai toujours cru que je le pouvais, sinon je ne serais pas en compétition. Je l’ai déjà dit de nombreuses fois. C’est évidemment très positif d’avoir battu Jannik en cinq sets et d’avoir livré une grande bataille contre Carlos sur quatre sets très disputés.
Je reste néanmoins déçu par la façon dont je me suis senti dans le deuxième et le troisième set, après un début incroyable où je me sentais vraiment très bien. Puis les choses ont changé, et c’est le sport. Mais quand on prend du recul et qu’on analyse ces deux dernières semaines, atteindre la finale est un accomplissement incroyable pour moi.
Être à quelques jeux, voire quelques sets, d’un titre… bien sûr que la défaite laisse un goût amer, mais je dois aussi être satisfait de ce résultat.
Qu’est-ce qui a changé selon vous au cours du match ?
Novak Djokovic : Je n’aime jamais parler de ce que je traverse physiquement ou sur le plan de la santé, parce que cela peut être perçu comme des excuses et enlever du crédit au vainqueur. Ce ne sera pas différent aujourd’hui. Je préfère simplement féliciter Carlos. Il a été le vainqueur mérité sur le court.
Sans parler du physique, sur le plan du jeu, que s’est-il passé ?
Novak Djokovic : Vous l’avez vu. Le premier set est probablement l’un des meilleurs que j’ai joués ces dernières années. Ensuite, j’ai réussi à retrouver de l’énergie et du momentum au milieu du quatrième set. J’ai sollicité le public, ils ont répondu présents. Mais il y a eu cette faute à 4-4, sur balle de break, un coup droit que j’avais pourtant bien préparé. Mon coup droit a lâché dans des moments importants.
Parfois, un ou deux coups peuvent complètement faire basculer un match, et c’est exactement ce qui s’est passé. Je suis très déçu de ne pas avoir réussi à maintenir les sensations que j’avais dans le premier set. Il y a beaucoup de “et si” qui me traversent l’esprit, mais il faut accepter la réalité.
Vous sembliez avoir repris exactement là où vous vous étiez arrêtés contre Jannik en demi-finale. En vous asseyant après ce premier set remporté 6-2, pensiez-vous pouvoir gagner ce match ?
Novak Djokovic : Oui, absolument. Je savais que Carlos est un joueur très intelligent, très complet, capable d’ajuster sa tactique en fonction de l’adversaire. Je savais qu’il allait changer certaines choses et élever son niveau.
Je savais ce que je devais faire, mais certains éléments ont changé très rapidement. Mon énergie et mon niveau sont descendus brutalement en l’espace de deux jeux. J’ai réussi à me relancer au milieu du quatrième set, je me sentais à nouveau très bien. J’étais proche, très proche, mais ce n’était pas pour aujourd’hui.
Votre parcours a été particulier cette semaine, avec notamment un forfait au quatrième tour et un quart de finale écourté. Pensez-vous que cela vous a aidé à être compétitif jusqu’au bout dans cette finale ?
Novak Djokovic : Oui, clairement. J’ai eu de la chance de ne pas jouer le quatrième tour et de ne disputer que quelques sets en quarts. On en avait déjà parlé. C’est difficile, juste après le match, d’être totalement positif parce qu’on est un compétiteur et qu’on déteste perdre.
Mais avec du recul, c’est un tournoi fantastique. Je savais que pour gagner le titre, il faudrait battre au moins deux de ces joueurs-là. J’en ai battu un, ce qui est déjà un pas en avant par rapport à l’an dernier. C’est très encourageant, mais pas suffisant pour moi. Je vais continuer à pousser et voir si une autre opportunité se présente.
Vous avez dit sur le court que vous n’aviez jamais imaginé revenir dans une cérémonie de finale de Grand Chelem. Comment conciliez-vous cela avec votre croyance intacte en votre capacité à gagner encore ?
Novak Djokovic : J’ai toujours la croyance et la confiance que je peux gagner un Grand Chelem, partout où je joue. Mais mes attentes ont changé. J’ai volontairement abaissé mes attentes ces dernières années, ce qui m’aide à relâcher une partie de la pression inutile. Ne pas être systématiquement le favori me procure aussi une motivation supplémentaire dans les derniers tours.
J’ai battu Jannik, double tenant du titre ici, en cinq sets, et j’en suis très fier. Mais vous me parlez dix minutes après une finale perdue, donc évidemment je ressens de l’amertume. J’ai perdu contre le numéro un mondial, déjà un joueur légendaire.
Votre rivalité avec Carlos est déjà historique malgré vos seize ans d’écart. Qu’est-ce qui a le plus changé chez lui depuis vos premiers matchs ?
Novak Djokovic : Les résultats parlent d’eux-mêmes. Il mérite tous les éloges qu’il reçoit. C’est un jeune homme formidable, avec de grandes valeurs, une famille solide, et déjà un joueur légendaire à seulement 22 ans. Il a énormément progressé physiquement, mentalement et dans son jeu.
Il cherche constamment à innover, à progresser, ce qui est indispensable pour rester au sommet. Il a tout : le jeu, le mental, le physique. C’est un joueur complet et très respecté. Tout est possible pour lui. À cet âge, ce qu’il a déjà accompli est tout simplement impressionnant.